Histoire et patrimoine

Histoire & patrimoine: Introduction

Nichée aux confins de la France et de l’Allemagne, au cœur du Pays des Trois Frontières, la route des Menhirs de l’Europe incarne un rêve humaniste : celui d’un patrimoine partagé, d’une mémoire commune et d’un avenir tourné vers l’unité.
Ce parcours unique, à la fois artistique, historique et naturel, transforme une ancienne frontière marquée par les conflits en un musée à ciel ouvert, symbole de paix, de dialogue et de coopération européenne.
Depuis 1986, trente-sept sculptures monumentales jalonnent un itinéraire d’environ 8 à 10 kilomètres entre les villages de Launstroff (France) et Wellingen / Merzig (Allemagne). Œuvres d’artistes venus d’une vingtaine de nationalités, elles forment un pont symbolique entre cultures, générations et mémoires.

Genèse & Origines: de bornes frontières à œuvres d’art

Le projet des Menhirs de l’Europe voit le jour au début des années 1980 à l’initiative du sculpteur allemand Paul Schneider (1927–2021), originaire de Merzig.
Après avoir participé à plusieurs symposiums internationaux de sculpture, notamment Strasse der Skulpturen de Leo Kornbrust à Sankt Wendel (Sarre) et le Symposium Europäischer Bildhauer de Karl Prantl à Sankt Margarethen (Autriche), Paul Schneider décide d’organiser un symposium similaire à Merzig.
Ces initiatives s’inscrivent dans la lignée d’un projet artistique non abouti imaginé dans les années 1930 par le peintre et sculpteur Otto Freundlich : la Strasse des Friedens (Route de la Paix), destinée à relier Berlin à la côte normande. Freundlich, mort en 1943 en camp de concentration, est aujourd’hui reconnu comme l’un des fondateurs de l’abstraction et du constructivisme, aux côtés de Kandinsky.

Un site frontalier au fort symbole historique

Le choix du site entre Wellingen et Launstroff s’impose naturellement. Ce territoire possède plusieurs kilomètres de chemins faisant frontière, dont une large portion fut longtemps un no man’s land, théoriquement ni français ni allemand.
Autrefois matérialisée par des bornes frontières du XIXᵉ siècle, cette ligne séparait deux pays marqués par un lourd passé de guerres et de conflits successifs.
Un chemin de randonnée existait déjà sur ce tracé : il porte le nom de Gustav Regler, écrivain et journaliste engagé né à Merzig en 1898, qui consacra sa vie à lutter contre le fascisme. Le projet artistique est venu s’y greffer, transformant ce lieu de séparation en espace de rencontre.

L’art comme langage universel

L’idée de Paul Schneider est forte et simple : ériger des sculptures monumentales de part et d’autre de la frontière afin de montrer que l’art, par essence, n’a pas de frontières.
Ces œuvres, implantées indistinctement en France et en Allemagne, témoignent d’un dépassement symbolique des divisions historiques au profit d’un message de paix, de tolérance et de dialogue.
Le sculpteur tenait également à une intégration respectueuse des œuvres dans leur environnement naturel :
« La nature n’a pas besoin de ces sculptures, mais les sculptures ont besoin de la nature. »
Ainsi, chaque œuvre dialogue avec le paysage, la pierre et le silence du lieu.

Les symposiums et la coopération transfrontalière

Afin de gérer le site, l’association allemande Steine an der Grenze est créée en 1985.
Un premier symposium international de sculpture a lieu en 1986, réunissant des artistes allemands, français, luxembourgeois et suisses, qui travaillent ensemble sur le site pendant plusieurs semaines.
Pour permettre la participation du côté français et assurer la gestion foncière, l’association Les Menhirs de l’Europe est fondée en 1989. Le maire de Launstroff, Albert Harter, en devient le premier président. Lors du remembrement de 1993, les réserves foncières nécessaires sont constituées afin que les sculptures soient implantées sur le domaine public communal.
Les deux associations collaboreront étroitement jusqu’en 2009 pour financer, organiser et développer les réalisations successives.

Un patrimoine artistique européen

Au total, trente-sept sculptures monumentales ont été réalisées par trente-huit artistes issus de dix-huit nationalités différentes.
Taillées dans des matériaux nobles tels que le granit, le grès ou le marbre, ces œuvres forment un ensemble unique, reflet de la diversité culturelle européenne et de l’échange entre peuples.
Elles rappellent qu’une frontière n’est pas une barrière, mais peut devenir un lien, un lieu de passage et de compréhension mutuelle.

Renaissance et préservation du site

Après une période de désintérêt et d’abandon progressif – signalétique dégradée, arrêt des événements autour de 2014 – le site connaît un nouvel élan à partir de 2021, porté par l’engagement renouvelé de l’association et le soutien des collectivités locales.


Les objectifs actuels sont clairs :

– restaurer,  préserver et créer de nouvelles sculptures,
– améliorer l’accueil et l’information des visiteurs,
– renouveler la signalétique,
– relancer des événements transfrontaliers, marches et visites guidées.


Les Menhirs de l’Europe poursuivent ainsi leur vocation initiale : être un lieu de mémoire, de création et d’espoir, où l’histoire se lit dans la pierre et se transmet par le chemin.

En résumé

🟤 Années 1930 — Une idée fondatrice : l’art comme chemin de paix
Dans les années 1930, le peintre et sculpteur Otto Freundlich imagine la Strasse des Friedens (Route de la Paix), un projet artistique reliant Berlin à la côte normande.
Bien que resté inachevé, ce concept visionnaire pose les bases d’un art engagé, humaniste et transfrontalier, destiné à dépasser les frontières par la création.


🟤 Années 1970–1980 — Les symposiums européens de sculpture
Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs artistes européens relancent l’idée de sculpture monumentale en pleine nature.
Des symposiums majeurs voient le jour, notamment à Sankt Wendel (Allemagne) et Sankt Margarethen (Autriche), auxquels participe le sculpteur allemand Paul Schneider.


🟤 Début des années 1980 — Naissance du projet des Menhirs de l’Europe
Inspiré par ces expériences, Paul Schneider conçoit un projet inédit : ériger des sculptures monumentales de part et d’autre de la frontière franco-allemande, sur un ancien no man’s land.
L’objectif est clair : transformer un lieu de séparation en un espace de rencontre et de dialogue.


🟤 1985 — Création de l’association allemande
L’association Steine an der Grenze (Pierres à la frontière) est fondée afin de structurer le projet, gérer le site et organiser les symposiums de sculpture.


🟤 1986 — Premier symposium international
Le premier symposium international réunit des artistes d’Allemagne, de France, du Luxembourg et de Suisse.
Pendant plusieurs semaines, ils créent les premières sculptures monumentales directement sur le site.


🟤 1989 — Création de l’association française
Afin de permettre la participation côté français et d’assurer la gestion foncière, l’association Les Menhirs de l’Europe est créée.
Le maire de Launstroff, Albert Harter, en devient le premier président.


🟤 1993 — Ancrage durable dans le domaine public
Les réserves nécessaires sont constituées afin que les sculptures soient implantées sur le domaine public communal, garantissant leur pérennité et leur accessibilité.


🟤 1986–2009 — Un projet européen en construction
Durant plus de vingt ans, les deux associations travaillent ensemble.
Au total, 37 sculptures monumentales sont réalisées par 38 artistes issus de 18 nationalités, formant un parcours artistique unique entre Launstroff et Wellingen / Merzig.


🟤 Vers 2014 — Période de mise en sommeil
Faute de moyens et de dynamique, le site connaît une période de déclin : signalétique effacée, événements arrêtés, fréquentation en baisse.


🟤 Depuis 2021 — Renaissance et avenir
Grâce à l’action de l’association et au soutien des collectivités locales, le site connaît un renouveau.
Restauration des œuvres, amélioration de l’accueil, nouvelles signalétiques, marches, visites guidées et projets transfrontaliers redonnent vie à ce lieu porteur d’histoire et d’espoir.

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