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Bienvenue au cœur de l'Europe

À la croisée de la France, de l’Allemagne et du Luxembourg, le site des Menhirs de l’Europe vous invite à une promenade paisible au fil de 37 sculptures majestueuses. Chacun de ces menhirs, créé par des artistes internationaux, porte une histoire, un symbole, une identité culturelle… et tous ensemble, ils forment un parcours à ciel ouvert dédié à la paix et à l’unité des peuples.

Entre calme et larges horizons, la balade offre un véritable voyage à travers le temps et la mémoire. Ici, pas de foule ni d’artifice : seulement l’authenticité d’un site chargé de sens, la beauté du paysage, et la magie des 37 menhirs qui jalonnent votre chemin.

Un lieu idéal pour flâner, apprendre, contempler… et vivre une expérience qui dépasse les frontières.

Explorez. Respirez. Vibrez.
Votre aventure commence ici.

Histoire et patrimoine

Histoire & patrimoine: Introduction

Nichée aux confins de la France et de l’Allemagne, au cœur du Pays des Trois Frontières, la route des Menhirs de l’Europe incarne un rêve humaniste : celui d’un patrimoine partagé, d’une mémoire commune et d’un avenir tourné vers l’unité.
Ce parcours unique, à la fois artistique, historique et naturel, transforme une ancienne frontière marquée par les conflits en un musée à ciel ouvert, symbole de paix, de dialogue et de coopération européenne.
Depuis 1986, trente-sept sculptures monumentales jalonnent un itinéraire d’environ 8 à 10 kilomètres entre les villages de Launstroff (France) et Wellingen / Merzig (Allemagne). Œuvres d’artistes venus d’une vingtaine de nationalités, elles forment un pont symbolique entre cultures, générations et mémoires.

Genèse & Origines: de bornes frontières à œuvres d’art

Le projet des Menhirs de l’Europe voit le jour au début des années 1980 à l’initiative du sculpteur allemand Paul Schneider (1927–2021), originaire de Merzig.
Après avoir participé à plusieurs symposiums internationaux de sculpture, notamment Strasse der Skulpturen de Leo Kornbrust à Sankt Wendel (Sarre) et le Symposium Europäischer Bildhauer de Karl Prantl à Sankt Margarethen (Autriche), Paul Schneider décide d’organiser un symposium similaire à Merzig.
Ces initiatives s’inscrivent dans la lignée d’un projet artistique non abouti imaginé dans les années 1930 par le peintre et sculpteur Otto Freundlich : la Strasse des Friedens (Route de la Paix), destinée à relier Berlin à la côte normande. Freundlich, mort en 1943 en camp de concentration, est aujourd’hui reconnu comme l’un des fondateurs de l’abstraction et du constructivisme, aux côtés de Kandinsky.

Un site frontalier au fort symbole historique

Le choix du site entre Wellingen et Launstroff s’impose naturellement. Ce territoire possède plusieurs kilomètres de chemins faisant frontière, dont une large portion fut longtemps un no man’s land, théoriquement ni français ni allemand.
Autrefois matérialisée par des bornes frontières du XIXᵉ siècle, cette ligne séparait deux pays marqués par un lourd passé de guerres et de conflits successifs.
Un chemin de randonnée existait déjà sur ce tracé : il porte le nom de Gustav Regler, écrivain et journaliste engagé né à Merzig en 1898, qui consacra sa vie à lutter contre le fascisme. Le projet artistique est venu s’y greffer, transformant ce lieu de séparation en espace de rencontre.

L’art comme langage universel

L’idée de Paul Schneider est forte et simple : ériger des sculptures monumentales de part et d’autre de la frontière afin de montrer que l’art, par essence, n’a pas de frontières.
Ces œuvres, implantées indistinctement en France et en Allemagne, témoignent d’un dépassement symbolique des divisions historiques au profit d’un message de paix, de tolérance et de dialogue.
Le sculpteur tenait également à une intégration respectueuse des œuvres dans leur environnement naturel :
« La nature n’a pas besoin de ces sculptures, mais les sculptures ont besoin de la nature. »
Ainsi, chaque œuvre dialogue avec le paysage, la pierre et le silence du lieu.

Les symposiums et la coopération transfrontalière

Afin de gérer le site, l’association allemande Steine an der Grenze est créée en 1985.
Un premier symposium international de sculpture a lieu en 1986, réunissant des artistes allemands, français, luxembourgeois et suisses, qui travaillent ensemble sur le site pendant plusieurs semaines.
Pour permettre la participation du côté français et assurer la gestion foncière, l’association Les Menhirs de l’Europe est fondée en 1989. Le maire de Launstroff, Albert Harter, en devient le premier président. Lors du remembrement de 1993, les réserves foncières nécessaires sont constituées afin que les sculptures soient implantées sur le domaine public communal.
Les deux associations collaboreront étroitement jusqu’en 2009 pour financer, organiser et développer les réalisations successives.

Un patrimoine artistique européen

Au total, trente-sept sculptures monumentales ont été réalisées par trente-huit artistes issus de dix-huit nationalités différentes.
Taillées dans des matériaux nobles tels que le granit, le grès ou le marbre, ces œuvres forment un ensemble unique, reflet de la diversité culturelle européenne et de l’échange entre peuples.
Elles rappellent qu’une frontière n’est pas une barrière, mais peut devenir un lien, un lieu de passage et de compréhension mutuelle.

Renaissance et préservation du site

Après une période de désintérêt et d’abandon progressif – signalétique dégradée, arrêt des événements autour de 2014 – le site connaît un nouvel élan à partir de 2021, porté par l’engagement renouvelé de l’association et le soutien des collectivités locales.


Les objectifs actuels sont clairs :

– restaurer,  préserver et créer de nouvelles sculptures,
– améliorer l’accueil et l’information des visiteurs,
– renouveler la signalétique,
– relancer des événements transfrontaliers, marches et visites guidées.


Les Menhirs de l’Europe poursuivent ainsi leur vocation initiale : être un lieu de mémoire, de création et d’espoir, où l’histoire se lit dans la pierre et se transmet par le chemin.

En résumé

🟤 Années 1930 — Une idée fondatrice : l’art comme chemin de paix
Dans les années 1930, le peintre et sculpteur Otto Freundlich imagine la Strasse des Friedens (Route de la Paix), un projet artistique reliant Berlin à la côte normande.
Bien que resté inachevé, ce concept visionnaire pose les bases d’un art engagé, humaniste et transfrontalier, destiné à dépasser les frontières par la création.


🟤 Années 1970–1980 — Les symposiums européens de sculpture
Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs artistes européens relancent l’idée de sculpture monumentale en pleine nature.
Des symposiums majeurs voient le jour, notamment à Sankt Wendel (Allemagne) et Sankt Margarethen (Autriche), auxquels participe le sculpteur allemand Paul Schneider.


🟤 Début des années 1980 — Naissance du projet des Menhirs de l’Europe
Inspiré par ces expériences, Paul Schneider conçoit un projet inédit : ériger des sculptures monumentales de part et d’autre de la frontière franco-allemande, sur un ancien no man’s land.
L’objectif est clair : transformer un lieu de séparation en un espace de rencontre et de dialogue.


🟤 1985 — Création de l’association allemande
L’association Steine an der Grenze (Pierres à la frontière) est fondée afin de structurer le projet, gérer le site et organiser les symposiums de sculpture.


🟤 1986 — Premier symposium international
Le premier symposium international réunit des artistes d’Allemagne, de France, du Luxembourg et de Suisse.
Pendant plusieurs semaines, ils créent les premières sculptures monumentales directement sur le site.


🟤 1989 — Création de l’association française
Afin de permettre la participation côté français et d’assurer la gestion foncière, l’association Les Menhirs de l’Europe est créée.
Le maire de Launstroff, Albert Harter, en devient le premier président.


🟤 1993 — Ancrage durable dans le domaine public
Les réserves nécessaires sont constituées afin que les sculptures soient implantées sur le domaine public communal, garantissant leur pérennité et leur accessibilité.


🟤 1986–2009 — Un projet européen en construction
Durant plus de vingt ans, les deux associations travaillent ensemble.
Au total, 37 sculptures monumentales sont réalisées par 38 artistes issus de 18 nationalités, formant un parcours artistique unique entre Launstroff et Wellingen / Merzig.


🟤 Vers 2014 — Période de mise en sommeil
Faute de moyens et de dynamique, le site connaît une période de déclin : signalétique effacée, événements arrêtés, fréquentation en baisse.


🟤 Depuis 2021 — Renaissance et avenir
Grâce à l’action de l’association et au soutien des collectivités locales, le site connaît un renouveau.
Restauration des œuvres, amélioration de l’accueil, nouvelles signalétiques, marches, visites guidées et projets transfrontaliers redonnent vie à ce lieu porteur d’histoire et d’espoir.

Pour aller plus loin...

Les Menhirs – Musée à Ciel Ouvert

Les Menhirs, un musée à ciel ouvert

Le site des Menhirs de l’Europe se situe à l’une des extrémités nord du plateau lorrain, sur une ligne de crête avant la plongée vers la vallée de la Sarre. A cheval sur la frontière entre la France et l’Allemagne, à une encablure du Luxembourg, au cœur de cette région que l’on appelle « Le pays des trois frontières ». Il se partage sur les territoires des villages français de Launstroff et allemand de Wellingen. Le terme Menhir est ici à prendre dans le sens littéral en langue bretonne de Maen-pierre et hir-longue, plus communément traduit par pierres dressées.

Un endroit particulier, une plongée en pleine nature, qui, surtout avec la lumière indéfinissable du crépuscule ou de l’aube, laisse l’impression d’être coupé du monde, d’être en dehors du temps.
Un lieu chargé d’histoire également car une partie du chemin occupé par les sculptures épouse le tracé d’une ancienne voie romaine qui reliait en son temps les vallées de la Sarre et de la Moselle. Route qui fut également appelée la « Salzstrasse » par les autochtones, la route du sel, car y circulaient à une époque, des chargements de sel qui échappaient ainsi à une taxation prohibitive de cette denrée dans le duché de Lorraine. Une partie du parcours est également jalonné par des bornes frontières avec le D de Deutschland coté allemand, et le F de France du coté français ainsi que la date de 1830 et un numéro d’ordre des bornes. Elles sont les témoins des délimitations de territoire qui ont redessiné l’Europe à la fin des guerres napoléoniennes.

Musée contemporain à ciel ouvert, il est résolument axé sur la notion de frontières. 37 sculptures jalonnent un parcours d’environ 8 kilomètres. De facture abstraites pour la plupart, parfois minimalistes, elles sont réalisées dans différents calcaires et grès issue des trois pays limitrophes mais aussi de granits et marbres venus de plus loin. L’ensemble le plus monumental ne fait pas loin de 40 tonnes. …

  1. Rob Kirkels, Pays-Bas, 2014, différents granits

Trois blocs symbolisent les trois pays et marquent de leur empreinte un quatrième par un report exact en négatif des formes et suggèrent l’interaction entre les trois pays, leurs cultures et leurs habitants.

2.   Alain Mila, France, 1996, pierre bleue du Hainaut (Belgique)

Sculpture intitulée -Le rêve bleu- exécutée en centre-ville à Thionville et acheminée sur le site par la suite. Différents motifs basés sur les nombres d’or y figurent. Entailles dans la pierre et partie lissées se juxtaposent, blessures et courbes naissantes, les éléments de la vie.

3. Toun, France, 1991 pierre de Jaumont

Sculpture en pierre de Jaumont, pierre française, et incrustation de grès Sarrois allemand pour symboliser la double culture de la région. Une colombe de la paix est gravée sur trois pierres symbolisant les 3 pays et chacun n’a qu’un morceau de la colombe. Il faut les réunir pour concrétiser la paix. Le côté face représente le passé, l’arrière inachevé l’avenir, le passage étroit représente le présent. C’est au présent qu’il faut travailler pour la paix, quelle qu’elle soit. Le grès suggère un œil pour amener à la réflexion de chacun sur la symbolique de cette sculpture intitulée -Regard sur la paix-.

4. Hiroshi Mikami, Japon, 1991, grès du Palatinat

C’est la réalisation la plus lourde, dont les pierres qui la composent ne pèsent pas moins de 40 tonnes. Constituée d’un ensemble de trois blocs, elle symbolise une porte. D’un côté, un triangle dont le sommet est pointé vers le haut, de l’autre la pointe du triangle touche le sol. Le yin et le yang, philosophie du pays du soleil levant, l’opposition éternelle, indissociable et complémentaire. Il y a aussi une allusion, par ces triangles inversés, à la forme des champignons d’explosions atomiques dont le Japon a souffert et souffre encore.

5. Gérard van Roy, Pays-Bas, 1991, pierre bleue du Hainaut

Sculpture réalisée entièrement en taille directe, au marteau et au burin. Cette œuvre, est la résultante d’un passage d’une forme géométrique parfaite, le cercle, à une autre forme, le rectangle. Avec la troisième dimension, l’œuvre dégage une grande force par ces lignes ovoïdes qui s’élancent en douceur vers ces arêtes très strictes. Une grande pureté s’intégrant à la nature par son coté arrondi et rappelant l’intervention de l’homme par ces lignes droites.

6. Thomas Link, Allemagne, 1990, granit

Œuvre faisant le lien entre le ciel et la terre. Grâce à une astucieuse combinaison de trous au sommet de la pierre, celle-ci émet une sonorité étonnante par vent fort. Par sa mélodie, elle interpelle et invite le passant à la réflexion. En tapant sur l’orifice qui se trouve à la hauteur des yeux, la sculpture résonne étrangement.

7. Milos Chlupac, République Tchècoslovaquie, 1988, grès du Palatinat

Les deux blocs de grès suggèrent les formes complémentaires d’un couple se faisant face. Lors de la réalisation, la transformation, jour après jour, des deux blocs a beaucoup marqué les gens du cru qui s’interrogeaient. Le sculpteur les renvoyait à leur questionnement par une autre question : « …mais vous, qu’y voyez-vous ? »

8. Jeannot Bewing, Luxembourg, 1986, grès

Située à une croisée de chemin cette sculpture se veut une nouvelle borne frontière. Les deux blocs intimement liés font allusion aux deux peuples concernés mais aussi à leur souffrance commune. La petite ouverture située à l’est est là pour laisser passer les rayons de l’astre du jour et l’espoir qu’ils suscite. Mais une pièce de métal torturé en obstrue le passage. «  Je viendrais l’enlever le jour où l’humanité entière vivra sans frontières… » dixit l’artiste.

9. Gerhard Höweler, Pays-Bas, 1992, granit

Bloc de granit trouvé par hasard par le sculpteur en forêt normande. Exemple typique de son travail et de sa recherche. Une forme que seule la main de l’homme peut produire entaille et perturbe le travail naturel façonné par la nature.

10. Sylvain Divo – Louis Théobald, France, 2009, pierre de Jaumont, bronze et métal

Cette réalisation comporte un plan du site et des bas-reliefs de bronze y sont fixés à l’image des œuvres présentes. Des lignes de métal marquent les chemins principaux. En s’approchant une ouverture minuscule donne a voir le paysage du coté opposé où il se transforme en une béance spiralée. Le nom des artistes ayant œuvré sur place y sont gravés.

11. Levan Mkheize, Géorgie, 1987, grès

Le sculpteur s’est inspiré d’une légende de son pays qui raconte la confrontation entre un tigre et un chasseur à l’issue de laquelle tous les deux trouvent la mort. Leurs mères respectives devant les dépouilles mortelles se lamentent. La mère du chasseur demande à celle du tigre : « … où est la frontière entre nos douleurs respectives, entre le deuil de chacune ? Les frontières sont en nous, seul le destin pourra nous aider à les surmonter. »

12. Thomas Wojciechowicz, Allemagne, 1986, grès

Deux plateaux de pierre surplombent une borne frontière mise en place lors du redécoupage de l’Europe après les guerres napoléoniennes. Datée de 1830 un F y est gravé côté français et un D coté allemand. Une autre sculpture de Bertrand Ney, numéroté 29, inclue pareillement une même borne. Elles rappellent une autre période mouvementée de l’Europe et questionnent : ce toit est-il là pour protéger cette borne et donc cette ligne frontière, ou au contraire pour la soustraire au regard.

13. Marc Linder, France, 1986, grès

La silhouette a l’esthétique particulière de cette sculpture a longtemps été utilisée comme logo du coté allemand. Inspirée directement de la culture celtique, le soleil épouse parfaitement l’espace de l’arc supérieur, entre les supports métalliques, lors des équinoxes en début de printemps et d’automne.

14. Hawoli, Allemagne, 1986, grès

Sont représentés ici les cinq continents à travers cinq blocs de pierre répartis de part et d’autre d’un croisement de chemin. L’un érigé en colonne, les quatre autres posés à même le sol. Dans qu’elle partie estime t-on situer son propre continent d’origine. Est-il au sol ou est-il la colonne ?

15. Paul Schneider* (1927-2021), Allemagne, 1987, granit

Une pyramide à trois cotés pour symboliser le pays des trois frontières et trois ouvertures sur chacune des faces. Sur le piédestal, trois personnes (une de chaque pays ?), peuvent passer la main pour se saluer.

Concepteur du site, Paul Schneider (1927-2021) a d’abord eu une formation de maçon avant de faire des études artistiques aux Beaux-Arts de Kassel et Frankfurt am Main et devenir artiste indépendant. Sa réalisation figure sur le logo de l’association « Les Menhirs de l’Europe »

16. Herbert Lankl, Allemagne, 2008, pierre de Pétange (Luxembourg)

Solide, bloc massif ancré au sol, il se dégage pourtant de cette réalisation une impression de légèreté inattendue. Comme l’espoir d’un envol vers un autre avenir, vers une autre réalité.

17. Herbert Wurm, Allemagne, 2008, grès

Avec neuf mètres passés cette œuvre est certainement la plus haute du site. Boursouflures, bulles, cloques, un ensemble organique comme les bouillonnements de la vie. De l’infiniment petit aux plus gigantesques comme l’ébullition volcanique. Tout vient de la terre et retourne à la terre.

18. Knut Wold, Norvège, 1992, pierre de Pétange (Luxembourg)

Comme s’ils voulaient passer inaperçus ces deux blocs se font discrets dans le paysage. Ils épousent le terrain, n’attirent pas le regard. Les sobres vides taillés dans la pierre gardent leur secret. Même la végétation et les mousses s’accrochant aux parois semblent s’être donné le mot. Et pourtant, le dialogue entre ces deux blocs existe.

19. Karl Prantl* (1923-2010), Autriche, 1987, grès

Karl Prantl, précurseur en la matière, a crée à partir de 1959 un symposium international de sculptures à Sankt Margarethen im Burgenwald en Autriche.

Exemple typique de la volonté de l’artiste d’intégrer son œuvre à la nature environnante. La face supérieure du bloc épouse parfaitement la ligne d’horizon surtout en automne quand les cultures sont fauchées et moissonnées. Les cotés épousent la verticalité des arbres qui l’encadre. Le bloc est en grande partie laissé à l’état brut avec les traces de percement et de cassure lors de l’extraction en carrière se faisant le pendant des terres alentours au relief tantôt travaillé par l’homme, tantôt au repos. Et les excroissances sculptées racontent entre autre, les pommes qui en automne tombent au pied de la pierre ou restent rassemblées par petites grappes sur son plateau.

20. Ahmad Canaan, Palestine, 2005, grès

Cette sculpture est une allusion directe au mur de séparation entre Palestine et Israël et le traumatisme qu’il génère.

21. Moshe Shek, Israël, 2005, grès

Comme un corps mutilé et impuissant face à ce mur. Les deux artistes, Ahmad Canaan et Moshe Shek ont travaillés côte à côte et ensemble pour la réalisation des deux sculptures. Tout un symbole.

22. Philip Rickey, USA, 1989, granit blanc, granit gris et grès

Trois pierres différentes pour trois pays différents. Masses solidement ancrées au sol, épousant les terres sur lesquelles elles reposent. Deux d’entre elles supportent une troisième tel un pont. De l’est vers l’ouest, de l’ouest vers l’est, comme le chemin frontière qu’elles épousent et qui va, dans les deux directions, vers son voisin. Une frontière a toujours deux cotés, mais comment les voyons nous, l’un vers l’autre, ou l’un face à l’autre ?

23. Volker Baumgart, Allemagne de l’Est, 1989, grès quartzite

L’artiste n’a pas pu participer au symposium initial devant l’accueillir faute de visa refusé par son pays. Il a dû attendre deux ans avant de l’obtenir.

Intitulée -Regenbogen-, arc-en-ciel, arc-de-pluie en allemand. Un bassin creusé en son sommet recueille la pluie qui s’écoule par une rigole en cas de trop plein. Les traces de percement en carrière lors de l’extraction du bloc sur le coté rappellent également le dégradé des couleurs de l’arc-en-ciel.

24. Claudia Amman, Suisse, 1986, grès

Première femme à œuvrer sur le site. Il n’y a que la face supérieure qui est travaillée. Elle a choisi d’évoquer les formes rondes de la féminité épousant les courbes du paysage et flirtant avec le ciel. La lune est sensée se trouver exactement à certaines heures et certaines dates, dans le creux de la sculpture. Une allusion directe de son influence sur le cycle féminin.

25. Wolfgang Kubach – Anna-Maria Wilmsen, Allemagne, 1988, pierre bleue du Hainaut (Belgique)

Seule sculpture du site à cheval sur la frontière avec une partie en France l’autre en Allemagne. Deux sièges symboliques de part et d’autre de la ligne séparative concrétisée au sol par les morceaux de matière découpés pour former les sièges. Les chefs d’état et politiques de tous bords sont invités à venir s’asseoir et dialoguer par-dessus la frontière pour régler les conflits.

26. François Nadaud-Guilloton, France, 1991, pierre de Jaumont

Une créature sortant de terre, dont on ne sait si elle est masculine ou féminine. Une créature sans tête ni membres et donc à l’histoire non définie. Une créature non achevée, encore en formation. C’est « l’homo europeus » suggère l’artiste. Il évolue doucement.

27. Eileen Mac Donagh, Irlande, 1992, pierre de Pétange (Luxembourg)

Cette sculpture aux formes opulentes et féminines rappelle la fertilité de la nature mais aussi des êtres vivants. Gaia, la déesse mère par qui tout a commencé, par qui la vie est possible. Ostara, Tellus, Cybèle, Rhéa, Pachamama, quel que soit le nom qu’on lui donne, elle a toujours été omniprésente dans l’histoire des hommes. De plus elle est souvent censée prédire l’avenir.

28. Miriam Karoly, Israël, 1990, grès

Intitulée – La première – cette sculpture est pour l’artiste la première pierre dans le processus de paix alors que la première intifada, guerre des pierres, 1987-1993, fait rage dans son pays. L’ouverture creusée dans la pierre incite à regarder au travers et symbolise ce regard que l’on peut porter sur son voisin. Mais regarder ne suffit pas, encore faut-il avoir la volonté de comprendre la, ou les différences de l’autre, supposées ou réelles.

29. Bertrand Ney, Luxembourg, 1988, grès

Cette œuvre composée de deux pièces, l’une verticale, l’autre horizontale, inclue l’une des bornes frontières omniprésentes sur le site. La date de 1830 y est gravée avec un F du côté français et un D du coté allemand. Ces bornes ont été mises en place lors du redécoupage de l’Europe après les guerres napoléoniennes. La colonne tournée vers l’ouest recueille l’eau de pluie qui suit son chemin sur la pierre au sol pour rejoindre la borne frontière. L’eau deviendra t-elle française ou allemande ? L’eau n’a pas de frontière.

30. Xu Bo Cho et Huang Yao, Chine, 1990, marbre de Carrare

Non initié, le promeneur passera à coté de cette sculpture qui repose à l’abri d’un bouquet de buissons dans une petite dépression, comme il s’en trouve dans le paysage environnant. Effondrement naturel comme il s’en produit encore parfois, ils sont dû à l’érosion du calcaire par les eaux d’infiltration. Souvent, au cours des années, si ce n’est des siècles, paysans et travailleurs de la terre aux alentours les ont comblés en y jetant les cailloux indésirables des champs. Forme qui fait penser à un sarcophage. Le calme et le recueillement viennent naturellement.

31. Peter Paskiewicz, Autriche, 1990, granit

Lisse d’un coté, brut de l’autre pour indiquer la dualité des choses. Un amoncellement de petits cailloux des champs supporte la masse de plusieurs tonnes du granit. Plein de petites choses misent bout à bout peuvent faire de grandes choses. Aux hommes de s’en inspirer.

32. Willi Bauer, Allemagne, 1989

La symbolique des trois pierres pour trois pays frontalier est à nouveau ici mise en avant. Mais l’un des blocs semble obstruer le passage entre les deux autres. Faut-il le dresser de la même façon comme les deux autres et obstruer le passage, ou faut-il le poser dessus comme le linteau d’une porte qui mènerait de l’autre coté, ou ailleurs ?

33. Zoé de l’Isle Whittier, France, 1992, pierre de Jaumont

Cette pièce a entièrement été exécutée en carrière et installée sur le site par la suite. Une barque qui navigue sur les doux renflements des collines alentours. En gravissant les quelques marches le regard embrasse encore avec plus d’acuité le paysage jusqu’à l’horizon, alors que plus près, les deux pointes de cette forme enserrent le village voisin.

34. Léo Kornbrust* (1929-2021), Allemagne, 2007, granit

Érigée en l’honneur du sculpteur et peintre allemand Otto Freundlich, né en 1878 et mort au camp de concentration de Lublin Majdanek (Sobibor) en Pologne en 1943. Otto Freundlich, comme Kandinsky, est considéré comme l’un des fondateurs de l’abstraction et du constructivisme et les sculpteurs Léo Kornbrust, Karl Prantl et Paul Schneider qui ont œuvré sur ce site, le considère comme leur père spirituel. Pacifiste, Freundlich avait imaginé une voie européenne de la paix jalonnée de sculptures, reliant Moscou à la côte normande. Projet dont il avait déjà esquissé les plans mais qu’il n’a jamais pu réaliser. Léo Kornbrust reprit l’idée de Freundlich en créant, en 1971, une route des sculptures à St Wendel qui sera intégrée dans la voie de la paix de Freundlich.

Impressionnant monolithe, ce bloc se dresse telle une sentinelle au bord du chemin. La première impression passée, il faut s’approcher pour distinguer les nombreuses écritures gravées sur toutes les faces de la pierre dans les quatre langues des pays concernées par le projet de Freundlich ; russe, polonais, allemand et français. Y figure l’une de ces citations datant de 1916 : « Le travail de l’artiste est la somme des actes constructifs de la culture artistique et est, et a toujours été, la même préparation de l’avenir.  »

35. Vassil Iaritch, Ukraine, 1993, pierre de Jaumont

Trois excroissances avec trois pierres pour symboliser le pays des trois frontières et une plus petite pour la ville de Sierck et son canton sur lequel se situe le site des Menhirs de l’Europe. De nombreux plis dans la pierre relient les uns et les autres comme géologiquement dans les entrailles de la terre mais aussi en surface avec les rivières, les forêts et les champs. De même entre les hommes.

36. Maria Claudia Farina, Italie, 2010, grès

Située assez loin du site, dans la proche vallée allemande au Nord, tout au bout du village de Wellingen coté sortie d’autoroute, cette sculpture est positionnée pour signaler le symposium coté allemand. Cet ensemble de blocs, est parfois taillés en escalier ou en cadre de fenêtre et sa disposition circulaire rappelle certains sites mégalithiques. Il y a un dedans et un dehors. Lequel de ces espaces est le plus important ? Le spectateur peut se sentir de l’un ou de l’autre, allant de l’un à l’autre, venant de l’un à l’autre.

37. Sylvain Divo, 2023, pierre de Jaumont

Soleil : La sculpture est composée de 46 pierres, toutes issues de constructions, monuments ou autres créations du sculpteur, qui renaissent à une nouvelle vie dans ce soleil, symbolisant à la fois l’aurore, la lumière matinale, la naissance, le crépuscule et le déclin du jour. Le soleil évoque un passage entre le début et la fin…

La participation des élèves de l’école de Manderen a permis l’incrustation de 68 médaillons en céramique représentant leur conception du rayonnement de l’astre. Asseyez-vous sur le banc et contemplez le temps, la vue… .

Plan d’implantation des sculptures

Le site des Menhirs de l’Europe se déploie le long d’un parcours transfrontalier unique, où chaque œuvre trouve sa place dans le paysage et dans l’histoire du lieu. Le plan d’implantation permet de situer précisément les sculptures le long du chemin, entre la France et l’Allemagne, et d’en comprendre la répartition, le rythme et les correspondances.

Chaque menhir est le fruit du travail d’un sculpteur ou d’une sculptrice venu(e) d’horizons et de cultures diverses. La liste des artistes témoigne de la dimension profondément européenne du projet : une rencontre de sensibilités, de styles et de parcours, réunis autour d’une même volonté de dialogue, de paix et de création partagée.

En parcourant le plan et la liste des sculpteurs, le visiteur est invité à découvrir les œuvres autrement : comme les pierres d’un récit commun, ancrées dans le territoire et ouvertes sur l’Europe.

Plan d’implantation

Liste des sculpteurs

1. Rob Kirkels, Pays-Bas, 2014
2. Alain Mila, France, 1996
3. Toun, France, 1991
4. Hiroshi Mikami, Japon, 1991
5. Gérard van Rooy, Pays Bas, 1991
6. Thomas Link, Allemagne, 1990
7. Milos Chlupac, République Tchèque, 1988
8. Jeannot Bewing, Luxembourg, 1986
9. Gerhard Höweler, Pays Bas, 1992
10. Sylvain Divo, France, 2009 (PF)
11. Levan Mkheize, Géorgie, 1987
12. Thomas Wojciechowicz, Allemagne, 1986
13. Marc Linder, France, 1986
14. Hawoli, Allemagne, 1986 (PA)
15. Paul Schneider, Allemagne, 1987
16. Herbert Lankl, Allemagne, 2008
17. Herbert Wurm, Allemagne, 2008
18. Knut Wold, Norvège, 1992
19. Karl Prantl, Autriche, 1987
20. Ahmad Canaan, Palestine, 2005
21. Moshe Shek, Israël, 2005
22. Philip Rickey, USA, 1989
23. Volker Baumgart, Allemagne de l’est, 1989
24. Claudia Ammann, Suisse, 1986
25. Wolfgang Kubach et Anna Maria Wilmsen-Kubach, Allemagne, 1988
26. François Nadaud-Guilloton, France, 1991
27. Eileen Mac Donagh, Irlande, 1992
28. Miriam Karoly, Israël, 1990
29. Bertrand Ney, Luxembourg, 1988
30. Xu Bo Cho et Huang Yao, Chine, 1990
31. Peter Paszkiewicz, Autriche, 1990
32. Willi Bauer, Allemagne, 1989
33. Zoé de L’Isle Whittier, France, 1992
34. Léo Kornbrust, Allemagne, 2007
35. Vassil laritch, Ukraine, 1993
36. Maria Claudia Farina, Italie, 2010
37. Sylvain Divo, France, 2023

A découvrir aux alentours

Des paysages et lieux insolites vous attendent autour de chez nous.
Partez à la découverte d’un patrimoine naturel et historique riche, parfois méconnu, toujours surprenant!

Launstroff et son verger communal

Le verger de Launstroff est aussi un havre de verdure où l’on peut admirer la sculpture Soleil de Sylvain Divo ainsi qu’une création en osier signée Cœur de Saule. Lieu paisible et inspirant, il invite autant à la détente qu’aux découvertes culturelles.
On peut également y découvrir les six sculptures laissées par l’artiste ukrainien Vladimir Kravchuk, qui a façonné le chêne sur place durant dix jours. Un ensemble d’œuvres à explorer librement!

Le Château de Malbrouck – Une plongée dans l’histoire au cœur du Pays des Trois Frontières

Perché au-dessus du village de Manderen, le Château de Malbrouck domine la vallée depuis le XVe siècle. Parfaitement restauré, ce superbe château fort offre une immersion authentique dans l’univers médiéval, avec ses quatre tours, ses remparts imposants et ses panoramas exceptionnels sur la région transfrontalière.

Aujourd’hui, le château est un véritable lieu de vie culturelle. Tout au long de l’année, il accueille de grandes expositions, des animations familiales, des visites guidées, des ateliers et des événements thématiques qui associent patrimoine et créativité. Chaque salle révèle un fragment d’histoire, tandis que la cour intérieure et les chemins de ronde invitent à la promenade et à la découverte.

Que l’on soit passionné d’histoire, amateur d’architecture ou simplement en quête d’une belle sortie, le Château de Malbrouck est une visite incontournable en Moselle. Un voyage dans le temps, accessible à tous, au cœur d’un cadre naturel exceptionnel.

Par Wolfgang Staudt — originally posted to Flickr as Château de Malbrouck, CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6126532

Château des Ducs de Lorraine — Le trésor médiéval de Sierck-les-Bains

Dominant la vallée de la Moselle depuis son promontoire rocheux, le Château des Ducs de Lorraine veille sur Sierck-les-Bains depuis plus de mille ans. Dès le XIᵉ siècle, il est mentionné dans des textes d’époque, et il fut longtemps une résidence privilégiée des ducs de Lorraine, avant de devenir un bastion stratégique aux confins des royaumes.

Les siècles ont vu le château subir sièges, destructions, reconstructions et transformations : assiégé, démantelé, restauré, il a vécu de nombreux épisodes turbulents de l’histoire — reflet des conflits qui ont traversé la région.

Mais aujourd’hui, il renaît sous forme de vestiges majestueux, où remparts et ruines laissent deviner l’ancien rayonnement du lieu.

Plus qu’un simple monument historique, le château s’ouvre au public et s’inscrit dans un cadre verdoyant et soigné : promenades, vue imprenable sur la vallée de la Moselle, et un environnement amenagé avec soin. Chaque saison, le site séduit des visiteurs en quête d’histoire, de calme et de panorama.

Que vous soyez passionné d’histoire, amateur de vieilles pierres ou simplement en quête d’une sortie paisible — le Château des Ducs de Lorraine à Sierck-les-Bains est un lieu incontournable. Une immersion dans le passé, tout en profitant d’un cadre naturel et patrimonial exceptionnel.

Par Johannes Philipp, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=52971915